Champagne et effervescents vegan : collage, dosage et liqueur d’expédition
Un vin vegan ne contient pas nécessairement un ingrédient d’origine animale, mais cette définition ne suffit pas à décrire toutes les étapes de son élaboration. Dans...
22/03/2026
Le collage est une étape technique séculaire de la vinification : il consiste à clarifier le vin et à éliminer les particules en suspension susceptibles de troubler la limpidité du breuvage. Historiquement, on utilisait des protéines animales – blanc d’œuf, colle de poisson (ichtyocolle), gélatine, caséine – pour agglutiner ces impuretés. Le procédé n’est pas obligatoire, et certains vignerons, par choix ou conviction, s’en passent ou recourent à des alternatives d’origine végétale comme la bentonite (une argile), les protéines de pois, ou la pomme de terre.
La question du collage n’est pas anodine : selon l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), environ 80 % des vins du marché ont été collés avec au moins un produit d’origine animale au cours de leur élaboration. (Source : OIV, “Clarification et stabilisation des vins : agents et alternatives”, 2022)
Il peut être utile de distinguer les principales sources d’agents de collage et leur impact du point de vue éthique, allergène, ou simplement gustatif :
| Produit utilisé | Origine | Vegan ? | Remarques |
|---|---|---|---|
| Blanc d’œuf (albumine) | Animal | Non | Traditionnel pour le Bordeaux. Présence résiduelle très faible, mais risque allergène. |
| Colle de poisson (ichtyocolle) | Animal | Non | Surtout en blanc et rosé. Difficile à détecter une fois dissoute. |
| Gélatine | Animal | Non | Porcine ou bovine. Utilisée pour son efficacité rapide. |
| Caséine | Animal | Non | Protéine de lait. Peut provoquer des réactions allergiques chez certains. |
| Bentonite | Minérale | Oui | Naturellement présente dans l’argile. Très utilisée en bio et vins naturels. |
| Protéines de pois ou pommes de terre | Végétale | Oui | Plus récentes, efficaces mais moins répandues. |
En Europe (et dans de nombreux pays), le législateur n’exige pas de mention spécifique du collage sur l’étiquette, à l’exception notable des ingrédients allergènes comme la caséine, l’albumine d’œuf ou l’anhydride sulfureux, qui doivent être signalés dès lors que leur présence résiduelle dépasse certains seuils.
Le boom du vin “nature” va de pair avec la recherche d’un maximum de clarté, mais dans la pratique, l’information sur les étiquettes reste souvent partielle ou absente. En 2023, une enquête menée par VegOuest auprès de 120 domaines dits naturels en France a montré que seulement 17 % déclaraient sur la contre-étiquette leur méthode de clarification ou indiquaient explicitement “vin non collé/ni filtré/vin végane”.
Depuis le 8 décembre 2023, la Commission européenne impose l’affichage de la liste complète des ingrédients pour tous les vins produits dans l’UE. Toutefois, la mention des agents de collage reste contournée : si aucune trace détectable ne subsiste dans le vin fini, ceux-ci ne sont pas considérés comme des “ingrédients” à proprement parler (Source : Parlement européen, 2023). Ainsi, la majorité des vins, naturels inclus, n’affichent pas la mention des produits de collage, y compris lorsqu'ils sont d’origine animale.
Les vinificateurs engagés dans une démarche naturelle le sont souvent par conviction profonde. Beaucoup choisissent de bannir le collage, ou de privilégier des solutions végétales et minérales, pour préserver la pureté aromatique du vin comme l’intégrité éthique de leur production – mais la mentionner sur l’étiquette n’est pas systématique.
Plusieurs raisons à cela :
De nombreux artisans du vin naturel affichent donc des mentions du type “non filtré, non collé” ou “vin vivant”, qui signifient généralement l’absence de tout agent de collage mais sans expliciter si, lors de certains millésimes, une intervention végétale a pu être tentée.
Le profil du consommateur de vin naturel évolue : la demande de traçabilité concerne aujourd’hui non seulement les pratiques culturales (bio, biodynamie), mais aussi tout ce qui touche à la transformation, incluant le recours aux produits animaux.
Un sondage mené au printemps 2023 par MonVinVegan indique que plus de 55 % des acheteurs de vins “alternatifs” souhaitent une information claire sur la nature exacte des agents de clarification, alors même qu’ils placent confiance dans la déontologie des domaines naturels.
D’ailleurs, quelques labels tentent de combler le vide réglementaire :
Notons cependant que les vins naturels labellisés “vegan” restent une infime minorité, faute de demande massive de la part des caves et par crainte d’un “effet de mode”.
Il est possible de naviguer entre les lignes (et les codes) avec quelques astuces concrètes :
L’univers du vin naturel, bien que pionnier sur de nombreux aspects, fait face à une tension entre le désir de simplification, la volonté d’être transparent, et la mise en application de règles partagées. Tant que la réglementation n’imposera pas une véritable étiquette d’ingrédients détaillée – à l’image de la restauration – l’accès à cette information relèvera du volontarisme individuel ou collectif.
La tendance va malgré tout vers plus de transparence : la pression des consommateurs, l’exemplarité de quelques domaines, et l’apparition des labels végans poussent progressivement le secteur à mieux informer, même si le chemin est long. A moyen terme, on peut imaginer que les vins naturels marqueront spontanément leur différence par des indications systématiques sur la nature du collage.
Ce flou, s’il agace parfois, a aussi ses vertus : il incite à privilégier la relation directe, à s’informer, à dialoguer avec les artisans du vin. C’est aussi là que se fait la vraie révolution des vins naturels : dans cette proximité retrouvée, cette soif de transmission et de respect du vivant, bien au-delà des simples informations sur l’étiquette.