Champagne et effervescents vegan : collage, dosage et liqueur d’expédition
Un vin vegan ne contient pas nécessairement un ingrédient d’origine animale, mais cette définition ne suffit pas à décrire toutes les étapes de son élaboration. Dans...
28/08/2025
Quand on pense au bien-être animal, on évoque volontiers l’élevage ou la pêche, rarement les vignes et encore moins ce qu’il y a dans nos verres. Pourtant, l’élaboration du vin – même bio – implique encore souvent l’usage de produits d’origine animale, notamment lors du collage. Cette étape clés de la clarification du vin consiste à lui retirer ses particules en suspension, pour le rendre plus limpide et « propre » à la dégustation.
La prise de conscience monte, poussée par les consommateurs vegan, végétariens et flexitariens, soucieux de l’absence de composants animaux jusque dans le vin. Mais s’abstenir d’utiliser produits animaux dans la vinification, est-ce suffisant pour garantir un réel respect du bien-être animal ? Ou n’est-ce qu’un maillon d’une chaîne plus complexe ? Pour répondre, il faut analyser en détail la place de l’animal dans la filière viticole, les pratiques alternatives et leurs limites.
Les animaux n’apparaissent pas dans les vignes, mais ils se glissent dans la cave, à l’étape du « collage ». Longtemps resté discret, ce procédé fait appel à différentes substances facilitant la clarification :
Le collage à base d’ingrédients animaux n’est pas obligatoire — et nombre de vignerons naturels s’en passent — mais il demeure la norme dans nombre de grands domaines conventionnels. Il faut noter que, hormis le sang de bœuf, tous ces agents sont encore règlementairement autorisés en France, y compris en agriculture biologique (source : INAO, Guide pratique Bio 2023).
Un vin vegan exclut tout produit d’origine animale, que ce soit dans la composition finale ou en tant qu’adjuvant technique lors du processus de fabrication. Ce choix répond d’abord à une démarche éthique : ne pas exploiter ni utiliser les animaux, directement ou indirectement.
Comment l’obtenir ? Les alternatives sont variées :
Cependant, législation européenne n’impose aucun étiquetage vegan sur les bouteilles de vin. Seuls les vignerons qui le souhaitent font certifier leur production auprès d’organismes indépendants (labels fêtiches : Vegan Society, V-label, EVE végan).
La demande de vins vegan progresse : sur le marché français, près de 3% des nouvelles références revendiquaient le label vegan fin 2022 (source : Rayon Boissons, chiffres IWSR), contre quasiment zéro en 2016.
Supprimer les ingrédients animaux du vin fait tomber une partie de la pression d’exploitation sur les animaux :
Si ces chiffres paraissent faibles comparés à ceux de l’industrie agroalimentaire dans son ensemble, ils matérialisent un levier d’action concret pour les secteurs désireux de sortir de la dépendance aux sous-produits animaux. Chaque bouteille de vin vegan évite, à son niveau, l’usage de matières issues du vivant animal.
Interdire les intrants animaux du vin règle-t-il tout ? La réalité est plus nuancée. Voici les points souvent oubliés :
En résumé : l’absence d’ingrédients animaux dans le verre est un pas en avant, mais le « zéro souffrance animale » absolu reste un horizon lointain dès lors qu’on considère les écosystèmes agricoles dans leur globalité.
La dynamique du vin vegan s’inscrit dans une tendance de fond : l’agroécologie, le respect du vivant, la biodiversité. Certains domaines vont plus loin que le label vegan : adoption de la permaculture, engagement dans la sauvegarde animale (installation de ruchers, préservation de la petite faune…), refus de toute traction animale, bannissement des pesticides systémiques.
Au-delà du contenu de la bouteille, c’est tout un écosystème qu’il s’agit de régénérer : les sols, la faune microbienne, la cohabitation homme-nature. La filière du vin, grâce à sa dimension artisanale et à son rayonnement culturel, peut fédérer une réflexion éthique bien plus large. Ainsi, chaque bouteille vegan exprime un choix, mais aussi une invitation à pousser plus loin les exigences en matière de respect du vivant.
La question du bien-être animal bouscule nos habitudes œnologiques. Elle pousse les producteurs et les amateurs à reconsidérer la place du vivant dans toutes ses dimensions. Le vin vegan, loin d’être une simple mode, reflète une réflexion profonde sur notre rapport à la nature, à l’animalité et à l’acte de consommer. Si la bouteille ne change pas le monde, elle peut, bouteille après bouteille, contribuer à le rendre un peu plus doux pour tous les vivants.