Champagne et effervescents vegan : collage, dosage et liqueur d’expédition
Un vin vegan ne contient pas nécessairement un ingrédient d’origine animale, mais cette définition ne suffit pas à décrire toutes les étapes de son élaboration. Dans...
13/06/2025
Vins naturels, vins biologiques, vins vegan… à force, ces appellations finissent par se mélanger dans nos esprits de consommateurs, parfois même sur les étiquettes. Pourtant, chacune correspond à des pratiques bien distinctes. Le vin naturel séduit par son authenticité et son faible niveau d’intervention humaine ou chimique, mais cela le rend-il pour autant compatible avec une alimentation vegan ? Pour répondre à cette question, il faut s’intéresser au processus de vinification, aux choix des vignerons, ainsi qu’aux limites de la réglementation.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le vin n’est pas simplement du jus de raisin fermenté. Traditionnellement, certains procédés vinicoles font appel à des substances d’origine animale lors de l’étape du collage, une clarification du vin. Parmi les additifs ou agents de collage fréquents, citons :
Résultat : même un vin naturel, dont le raisin serait cultivé sans pesticides de synthèse et sans intrants chimiques, peut très bien avoir été clarifié avec des produits animaux ! La confusion est d’autant plus entretenue que la réglementation européenne n’impose pas aux producteurs d’indiquer ces ingrédients sur l’étiquette, dans la mesure où ils sont retirés à la fin du processus. Difficile donc pour le consommateur de repérer un vin vegan au premier coup d’œil (source : EFSA).
Le vin naturel n’est pas une catégorie réglementée en France, même si plusieurs associations (comme l’AVN — Association des Vins Naturels) ont édicté des chartes. En résumé, on considère qu’un vin est “naturel” lorsqu’il est issu :
Cependant, aucun texte fondateur du vin naturel n’impose aux producteurs de renoncer aux agents de collage traditionnels que sont l’albumine, la caséine ou la gélatine d’origine animale. Les pratiques varient d’un domaine à l’autre, selon la philosophie du vigneron.
Coller un vin permet de le clarifier et de le stabiliser avant la mise en bouteille. Cette étape, jugée optionnelle, peut être remplacée par un simple repos en cuve ou par une filtration très légère, mais beaucoup de vignerons – y compris parmi les « naturels » – préfèrent encore ces pratiques, car elles rassurent côté limpide et gustatif du vin.
Depuis une dizaine d’années, des alternatives végétales et minérales gagnent du terrain. La bentonite, une argile naturelle, ou les protéines de pois s’imposent de plus en plus dans les chais progressistes (sources : Vitisphere, 2022).
Dans la jungle des labels, il est facile de s’y perdre. Aucun logo unique n’atteste pour le moment qu’un vin naturel est aussi vegan, mais certains indices permettent de détecter les bons candidats :
Par exemple, le domaine Loxarel (Catalogne) ou le Mas Coris (Languedoc) affichent clairement leur engagement à ne recourir qu’à des agents de collage végétaux.
Au Royaume-Uni, l’essor de la demande vegan a accéléré la transparence. Des plateformes comme Barnivore (l’un des annuaires internationaux de référence) recensent des milliers de vins vegan, sur la base d’un questionnaire adressé directement aux producteurs (Barnivore). Résultat, on y trouve un plus large choix, en particulier pour les vins australiens et américains.
Les grandes enseignes anglaises (Marks & Spencer, The Co-op, Sainsbury’s…) affichent sur chaque bouteille la mention “suitable for vegans” : une pratique quasi inexistante en France, encore freinée par la prévalence des habitudes, mais aussi par le retard réglementaire.
Le secteur du vin vegan connaît une progression notable, portée par la demande croissante des consommateurs. Selon un rapport de l’agence Mintel, les ventes de vins estampillés vegan au Royaume-Uni ont bondi de 51% entre 2019 et 2021. En Allemagne, la Vegan Society compte près de 5 000 vins certifiés vegan référencés en 2023 (Vegan Society).
En France, la courbe est encore plus timide : le marché du vin vegan représentait moins de 1% de la production totale en 2023, mais il bénéficie d’une exposition médiatique nouvelle (Le Point, France Inter, Sud Ouest) qui sensibilise de plus en plus de vignerons.
Pour naviguer dans la jungle des étiquettes et faire un choix éthique, il reste indispensable d’être curieux, de questionner les domaines, et de s’appuyer sur les outils communautaires. La traçabilité progresse : la Commission Européenne travaille justement à renforcer l’étiquetage sur les ingrédients à partir de 2025 (source : Commission européenne, IP/22/5712), ce qui rendra bientôt plus simple l’identification des vins vegan, naturels ou non.
En attendant, c’est la vigilance et l’information qui font la différence : s’intéresser à la philosophie du domaine, au choix du collage, mais aussi à l’histoire derrière chaque bouteille permettant de conjuguer plaisir, éthique et authenticité.
L’univers du vin naturel, pour être en phase avec ses convictions, s’ouvre désormais à ceux qui souhaitent une expérience vraiment respectueuse du vivant jusqu’à la dernière goutte. Le chemin se trace, bouteille après bouteille, grâce à un public de plus en plus informé.