Champagne et effervescents vegan : collage, dosage et liqueur d’expédition
Un vin vegan ne contient pas nécessairement un ingrédient d’origine animale, mais cette définition ne suffit pas à décrire toutes les étapes de son élaboration. Dans...
18/01/2026
Depuis quelques années, la question de la labellisation vegan bouscule le monde viticole. Les consommateurs qui scrutent leurs étiquettes sont de plus en plus nombreux à chercher des garanties sur l’absence de produits d’origine animale dans les vins, souvent utilisés à l’étape du collage (comme la caséine, l’albumine d’œuf ou la gélatine). Face à cette attente, plusieurs labels spécialisés (label EVE Vegan, V-Label, Vegan Society, etc.) voient le jour pour rassurer les amateurs exigeants.
Pour certains, afficher ce label est devenu un levier marketing – en 2022, selon l’agence Mintel, 6 % des bouteilles lancées en France revendiquaient une identité vegan, alors qu’on estime à près de 60 % la part des vins strictement vegan (Les Echos, 2023). Un paradoxe qui souligne une réalité méconnue : une majorité de vignerons refusent volontairement la labellisation, même lorsque leurs pratiques sont 100 % végétales.
Beaucoup de vignerons défendent une vision artisanale et patrimoniale de leur métier. Pour eux, rajouter le label vegan reviendrait à réduire leur vin à une démarche “marketing”, éloignant la bouteille de son histoire, de son terroir, de sa singularité. “Le vin, ce n’est pas un aliment transformé industriellement, c’est l’expression d’un territoire, d’une philosophie” rappellent de nombreux viticulteurs interrogés dans Le Monde (janvier 2024). La multiplication des labels tend, selon eux, à diluer voire banaliser le geste, leur ôtant leur capacité à se distinguer autrement que par des insignes sur la contre-étiquette.
Nombre de petits domaines – notamment en agriculture biologique ou en vins dits “nature” – expliquent aussi ne pas avoir besoin du label pour fidéliser leur clientèle. Leur relation, très directe, passe souvent par la transmission orale et l’expérience en cave plutôt que par la communication sur la bouteille.
Les labels vegan, s’ils fixent un cadre salutaire, connaissent aussi leurs limites. La traçabilité s’arrête souvent à la certification “sans intrant d’origine animale” sur le vin fini. Or, la vigne elle-même peut recevoir, selon son mode de culture, du fumier ou du compost animal – ce que certains labels, comme EVE Vegan, n’autorisent pas, mais que d’autres tolèrent. Les vignerons engagés en permaculture ou en biodynamie, soucieux de la vie des sols, estiment parfois ces exigences “contre-productives” pour le vivant.
En 2021, la Fédération française des vins d’AOC constatait que moins de 2 % des domaines certifiés bio faisaient également la démarche d’un label vegan (source : La France Agricole), un chiffre parlant.
Comme toute certification privée, les labels vegan ont un coût – parfois dissuasif pour les TPE viticoles. Entre 300 et 750 euros/an selon le label (tarif officiel EVE Vegan, 2024), auxquels il faut ajouter les coûts de traitement administratif et d’audit, cela représente un investissement non négligeable pour des exploitations modestes.
Plusieurs grands noms de la viticulture française ont pris la parole ces dernières années sur leur refus d’adopter le label vegan. Au domaine de la Romanée-Conti (Bourgogne), tout en étant à la pointe des démarches naturelles et végétales, on estime que l’étiquette ne saurait résumer la démarche globale du domaine et risquerait d’éclipser le savoir-faire et le terroir. En Champagne, le collectif “Terres et Vins” a publié une tribune où il évoque l’impossibilité de garantir, à 100 %, la traçabilité sur tout le cycle viticole dès lors que la biodiversité du vignoble est favorisée (voir Champagne Terres & Vins, 2023).
Les domaines du Sud-Ouest ou de la Loire, interrogés par Vitisphere et Le Point, expliquent aussi que la plupart des outils du label vegan sont pensés pour des vins “de grande production ou d’export”, ce qui ne correspond pas toujours à la réalité française, historiquement très attachée à la diversité de ses terroirs.
Sondages après sondages* montrent que si 60 % des consommateurs français ignorent encore la présence régulière de produits animaux dans la vinification (Etude OpinionWay / Fondation 30 Millions d’Amis, 2022), 37 % se disent sensibles à la transparence des labels, mais seulement 10 % jugent important que cette mention figure sur la bouteille (Vinexpo, 2024).
Côté sommellerie, plus d’un professionnel sur deux estime que la pédagogie autour des vins vegan passe d’abord par l’explication directe au client, et non par une profusion de logos.
Le débat autour du label vegan pose des questions fondamentales sur le sens de la certification et sur la nature même du produit vin. Les labels s’adaptent progressivement, certains (EVE Vegan par exemple) tenant désormais compte des singularités de la viticulture, mais la question de l’équilibre entre écologie d’ensemble, exigence éthique et tradition reste vive.
Les évolutions attendues pourraient mener à des cahiers des charges plus modulaires, tenant compte de la diversité des pratiques et de la réalité des terroirs. La nécessité de clarté pour le consommateur doit toutefois s’accompagner d’un respect des choix et de la philosophie des producteurs. Ce dialogue, entre vigne et bouteille, labels et tradition, a de belles années devant lui.
*Sources : Vinexpo 2024, Vitisphere, Les Echos, Le Monde, France 3 Occitanie, WineMag, La France Agricole, Champagne Terres & Vins.