Champagne et effervescents vegan : collage, dosage et liqueur d’expédition
Un vin vegan ne contient pas nécessairement un ingrédient d’origine animale, mais cette définition ne suffit pas à décrire toutes les étapes de son élaboration. Dans...
30/10/2025
Le vin, longtemps perçu comme une boisson pure, cache parfois des procédés surprenants. Le collage, étape clé de l’élaboration, en fait partie. Il consiste à clarifier le vin, à éliminer les particules en suspension qui troubleraient sa limpidité ou altéreraient son goût. Or, historiquement, des produits d’origine animale sont utilisés pour cela : gélatine (porcine ou bovine), caséine (protéine du lait), blanc d’œuf ou encore colle de poisson (ichtyocolle). Selon l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), 60 à 80% des vins dans le monde subissent un collage au moins partiel avec un agent issu d’un animal. [OIV]
Pour un nombre croissant de consommateurs attachés à l’éthique animale ou recherchant un vin compatible avec un mode de vie vegan, cette information, longtemps confidentielle, change la donne. Le besoin de solutions alternatives s’est alors imposé, entraînant une véritable révolution dans les pratiques vigneronnes.
Issue du Pisum sativum (le pois), la protéine de pois est extraite après broyage et isolation dans de l’eau, sans solvants chimiques. Cette technique garantit un ingrédient naturel, non OGM, conforme aux exigences environnementales et à la philosophie vegan. Les principaux pays producteurs sont la France, le Canada, la Russie et la Chine.
Adoptée en Europe depuis le début des années 2010, la protéine de pois connaît un essor rapide. Aujourd’hui, près de 250 caves selon l’interprofession VinVegan France l’intègrent dans leurs protocoles pour les vins blancs et rosés, ainsi que certains rouges souples.
L’utilisation de la protéine de pois suit un protocole précis. Voici les grandes étapes :
La dose courante varie selon l’objectif visé, entre 5 et 50 g/hl, ce qui est comparable à la gélatine animale (source : Institut Français de la Vigne et du Vin).
L’utilisation de la protéine de pois n’est plus perçue comme “alternative par défaut” mais comme un choix pertinent pour préserver la qualité organoleptique du vin :
Plusieurs études menées par des écoles d’œnologie, comme celle de Bordeaux en 2019, notent que les différences gustatives entre vins collés à la gélatine et à la protéine de pois sont imperceptibles à l’aveugle dans 88% des cas. (Vitisphere)
Si la protéine de pois séduit par son efficacité, elle n’est pas exempte de défis :
Des conseils et formations spécifiques sont désormais proposés, notamment par l’IFV et certaines chambres d’agriculture, afin d’accompagner la transition et optimiser la précision des dosages.
Opter pour un vin collé à la protéine de pois, c’est aller au-delà du simple affichage d’un label. Cela traduit l’engagement du vigneron sur plusieurs axes :
C’est aussi une démarche qui répond à une nouvelle génération d’amateurs. Selon un sondage Toluna Harris de 2022, 27% des Français ont déjà cherché (même ponctuellement) un vin vegan, et la demande croît de 15% par an en Europe occidentale.
La protéine de pois n’est pas seule sur le devant de la scène. Les œnologues peuvent aussi miser sur :
Chaque solution présente des atouts et des limites, et il n’est pas rare que les caves les combinent pour équilibrer efficacité et respect du vin.
L’essor de la protéine de pois illustre l’inventivité et la capacité d’adaptation du monde viticole. Preuve qu’il n’est plus souhaitable d’assimiler la tradition à l’immobilisme : partout en Europe et désormais en Amérique du Nord, des vignerons pionniers conjuguent convictions et innovation.
L’exigence de transparence se renforce. Depuis 2021, la mention “convient aux végétaliens” est de plus en plus présente sur les contre-étiquettes. Les initiatives pour démocratiser le sujet foisonnent : masterclass, collaborations entre associations veganes et syndicats d’appellation, salons spécialisés comme VeggieWorld.
À l’avenir, l’enjeu est triple :
La protéine de pois aura ainsi montré la voie, preuve que l’engagement vegan dans le vin n’est ni une mode, ni une exception, mais bien une composante dynamique de la viticulture d’aujourd’hui et de demain.