Champagne et effervescents vegan : collage, dosage et liqueur d’expédition
Un vin vegan ne contient pas nécessairement un ingrédient d’origine animale, mais cette définition ne suffit pas à décrire toutes les étapes de son élaboration. Dans...
31/12/2025
Même s’il séduit une part encore minoritaire du marché, le vin vegan est loin d’être anecdotique aujourd’hui. Selon l’institut Xerfi, la France comptait en 2023 près de 6% de consommateurs réguliers de produits vegan (source : Le Monde). Si, côté vin, l’offre grandit encore modestement, le moteur est lancé : d’après une étude de l’agence Grape (2022), 25% des Français se disent intéressés par des vins conçus sans ingrédients ni intrants issus d’animaux. Un chiffre qui double chez les moins de 35 ans.
Face à cette évolution, la question de la certification vegan prend tout son sens. Elle apporte de la clarté pour le consommateur, valorise le travail du domaine et tend à devenir un repère commercial, notamment à l’export ou auprès de restaurants et cavistes spécialisés.
Un vin vegan n’est pas seulement issu de raisins : il exclut tout usage, même indirect, d’ingrédient ou auxiliaire technologique d’origine animale. Le produit fini, mais aussi tout le processus de vinification, le conditionnement (colle étiquettes, cire, etc.) sont concernés.
Cette exigence rend la démarche plus large et parfois plus complexe qu’une certification bio (qui peut autoriser des moyens d’origine animale).
Contrairement au label bio, la certification « vegan » n’est pas encadrée par une réglementation européenne spécifique au vin, ni en France ni ailleurs. Plusieurs organismes privés se partagent le marché. Les plus connus :
Chacun propose son cahier des charges, ses contrôles et sa charte visuelle. En 2023, on dénombrait environ 400 références de vins portant une certification vegan en Europe (source : V-Label).
Tout commence par un audit interne du domaine : analyse des pratiques de la vigne à la mise en bouteille. Il s’agit de lister chaque étape et chaque produit ou outil utilisé. Les points clés que vérifie tout certificateur :
Ce travail d’analyse est capital, car certains auxiliaires sont très répandus et encore peu documentés sur leur origine exacte.
Le dossier est composé :
Parfois, un audit sur site est proposé ou imposé, surtout pour une première demande.
Après réception et examen du dossier, le certificateur exige souvent des preuves supplémentaires : bons de commande, fiches fournisseurs, parfois même des analyses de résidus dans le vin fini. Un contrôle annuel ou biannuel est la règle, mais certaines certifications misent sur des audits à la demande ou aléatoires.
Si tout est validé, le domaine reçoit une autorisation d’apposer le logo vegan de l’organisme sur ses étiquettes, fiches techniques ou outils promotionnels. Des redevances s’appliquent chaque année, généralement entre 300 et 800 euros, selon la taille du domaine ou le volume produit (source : EVE VEGAN).
La première étape compliquée reste la traçabilité. Tous les fournisseurs ne sont pas capables d’attester formellement l’absence de substances animales. Par exemple, certaines colles pour étiquettes, en particulier hors Europe, ne sont pas systématiquement documentées sur leur composition : même dans un domaine certifié bio, il peut subsister des zones d’ombre.
D’autres obstacles viennent du coût (audit, temps humain réclamé), ou du besoin de remplacer des produits œnologiques « habituels » par leur version végétale, parfois perçue comme moins performante (notamment les alternatives au collage à la gélatine, très utilisées pour stabiliser les vins blancs et rosés).
Enfin, la formation du personnel pose souvent problème : assurer que toute l’équipe partage la même vigilance, du chai à la pose des étiquettes, est essentiel, surtout dans les domaines exportant ou produisant de gros volumes.
Même si le vin vegan ne représente en 2024 qu’environ 3% de la production totale nationale (estimation VinVegan France sur la base des labellisations actives), sa croissance n’a jamais paru aussi forte : le doublement du nombre de références certifiées entre 2019 et 2023 illustre bien cette dynamique.
C’est souvent le point d’achoppement technique dans la démarche. Le collage du vin traditionnel fait appel à des protéines animales. Les alternatives vegan existent et sont efficaces, bien qu’encore minoritaires :
L’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin) a montré dans ses essais 2022 que les collages à base de pois produisaient une clarification aussi efficace que l’albumine dans la majorité des cas, tout en préservant les arômes. Certains domaines pionniers ont même opté pour l’absence totale de collage, acceptant une éventuelle légère turbidité, en contrepartie d’une pureté éthique.
Déjà, certains groupes hôteliers et cavistes à l’international (notamment au Royaume-Uni et aux Pays-Bas) rendent la certification vegan obligatoire pour travailler avec eux, signe d’une tendance lourde. Si la réglementation française reste encore discrète sur le sujet, une harmonisation européenne des critères—voire un cahier des charges public unique—semble à l’horizon.
Rester en veille sur ces évolutions est donc crucial : chaque millésime, chaque changement de fournisseur ou d’auxiliaire œnologique doit faire l’objet d’une vigilance.
En 2024, œuvrer pour un vin vegan, c’est affirmer un choix clair — celui de la cohérence entre la passion du vin, l’innovation et un nouveau rapport au vivant. La certification n’est pas une fin, mais un socle pour aller plus loin, vers toujours plus de transparence et de goût.