Champagne et effervescents vegan : collage, dosage et liqueur d’expédition
Un vin vegan ne contient pas nécessairement un ingrédient d’origine animale, mais cette définition ne suffit pas à décrire toutes les étapes de son élaboration. Dans...
18/12/2025
Le vin est souvent perçu comme un produit issu uniquement du raisin, mais son chemin du cep au verre peut croiser des ingrédients d’origine animale insoupçonnés. En France, environ 36% des consommateurs de vin ignorent que des substances animales sont utilisées lors de la clarification ou de la filtration (source : Etude YOU GOV 2022). Depuis quelques années, la demande pour des vins 100 % vegan explose : en 2022, une bouteille de vin vegan sur cinq exportée d’Europe l’a été vers la France, qui est aujourd’hui le deuxième marché en croissance après l’Allemagne (source : Wine Intelligence, 2023).
Face à ce besoin de transparence, les labels sont devenus l’un des seuls repères fiables. Mais leur multiplication rend leur lecture complexe, et tous n’affichent pas le même niveau d’exigence, ni la même reconnaissance. Décryptage des principaux labels vegan présents sur les bouteilles de vin, pour s’y retrouver dans la jungle des logos.
Il existe plusieurs étapes dans la vinification où des produits d’origine animale sont parfois employés, principalement lors de la clarification (ou collage). Parmi les agents de collage historiques, on trouve :
Ces agents permettent de rendre le vin limpide et plus stable, mais leur utilisation le rend incompatible avec une alimentation vegan. Depuis 2012, la réglementation européenne (Règlement UE n° 579/2012) impose de déclarer les allergènes d’origine animale sur l’étiquette, mais ne concerne pas tous les dérivés, ni le processus de filtration [source].
Le marché du vin vegan est encore émergent, mais depuis 2014, plusieurs labels certifient officiellement la non-utilisation de produits animaux à chaque étape de fabrication. Les principaux référents sont :
Le V-Label Vegan est probablement le label vegan le plus visible dans le secteur agroalimentaire européen. Initié dès 1996 par l’Union végétarienne européenne, il est géré en France par l’Association Végétarienne de France. Connu pour son logo jaune et vert en “V”, il est apposé sur plus de 50 000 produits dans le monde, dont un nombre grandissant de vins depuis 2015.
Aujourd’hui, la majorité des grandes maisons proposant des cuvées vegan pour l’export choisissent cette certification car elle est reconnue dans plus de 30 pays. Attention toutefois : le logo peut parfois garantir un vin “vegan-friendly” (donc sans ingrédients animaux, mais pas toujours avec une traçabilité complète sur la chaîne de production). Il est donc important de distinguer les deux mentions.
C’est le label pionnier : la Vegan Society, créée au Royaume-Uni en 1944, a commencé à labelliser officiellement des vins en 2005. Reconnaissable à son célèbre tournesol, sa force est dans la rigueur de son cahier des charges :
Ce label commence à s’imposer sur les marchés nord-américain et australien où il existe une forte demande éthique du consommateur.
EVE Vegan est un organisme certificateur français indépendant, fondé en 2016, avec des exigences spécialement adaptées à la viticulture. Il audite la traçabilité complète du cycle de production, jusqu’aux fournitures secondaires (comme l’encre de l’étiquette, la colle utilisée, etc.).
C’est le label privilégié des vignerons indépendants français qui souhaitent vendre en magasin bio ou à l’export.
Quelques domaines affichent simplement “vegan” ou “vegan friendly” sur leurs étiquettes, sans passer par un organisme certificateur tiers. Cela repose sur une déclaration d’intention, ce qui peut être sincère mais est moins vérifiable. Une enquête de l’UFC-Que Choisir en 2021 a montré qu’environ 68 % de ces mentions n’étaient pas associées à une vérification externe. Il faut donc privilégier, autant que possible, les labels officiels pour une vraie sécurité.
Il existe près de 17 000 exploitations engagées en viticulture biologique en France (Agence Bio, 2023), soit 20 % du vignoble. Cependant, les labels bio (AB, Demeter, Ecocert…) certifient uniquement l’absence de pesticides de synthèse et d’intrants chimiques, aucune exigence n’est faite sur la non-utilisation de colle animale lors de la vinification. Même chose pour le vin “naturel”, souvent sans soufre ajouté, mais pas toujours sans agents de collage d’origine animale.
Un vin peut donc être “bio” mais pas vegan, et inversement. Les seuls labels garantissant l’absence totale de produits animaux restent ceux cités plus haut : V-Label, Vegan Society, EVE Vegan.
Se repérer dans la jungle des labels peut devenir un vrai casse-tête : seulement 6 % des vins vegan affichent la mention “vegan” sur leur contre-étiquette en France (Vegan France, 2022). Or, la nouvelle réglementation européenne 2023 sur l’étiquetage alimentaire oblige les producteurs à plus de transparence, mais dans les faits, peu de vignerons adoptent cette démarche.
Pour en avoir le cœur net, certains domaines publient sur leur site un certificat de conformité vegan qui peut être demandé directement.
La garantie vegan d’un vin n’est jamais une démarche d’auto-décoration. Les labels crédibles exigent :
La filière des vins vegan gagne ainsi en rigueur : en France, on estime que 50 à 60 nouveaux domaines demandent un audit vegan chaque année (Vegan France). A titre de repère, moins de 2 % des vins vendus en GMS arborent aujourd’hui un label vegan, mais ce chiffre a quadruplé en 4 ans.
Globalement, le marché mondial du vin vegan est estimé à 1,3 milliard d’euros avec une croissance de 10,2% par an jusqu’à 2028 (Market Research Future, 2023).
Les labels officiels sont aujourd’hui la meilleure boussole pour guider les consommateurs vers un vin authentiquement vegan. Si le bio ou les démarches nature sont sur toutes les lèvres, la mention vegan reste encore à échelle discrète, mais son influence s’accélère à mesure que les attentes de transparence et d’éthique deviennent une priorité.
Face à la diversité de l’offre, oser poser la question à son caviste, chercher les logos V-Label, Vegan Society ou EVE Vegan, et consulter les sites des domaines deviennent des réflexes incontournables. Nul doute que les années à venir verront se multiplier ces initiatives, au carrefour du respect de l’environnement, du plaisir et de l’engagement citoyen.
Pour approfondir, retrouvez bientôt sur “La Révolution Vins Vegan” un dossier spécial sur les producteurs français 100 % vegan, et les innovations dans les techniques de filtration végétale.