Champagne et effervescents vegan : collage, dosage et liqueur d’expédition
Un vin vegan ne contient pas nécessairement un ingrédient d’origine animale, mais cette définition ne suffit pas à décrire toutes les étapes de son élaboration. Dans...
12/09/2025
Si la vigne incarne si bien la nature, la vinification traditionnelle cache pourtant une réalité moins connue : l’utilisation régulière d’intrants d’origine animale tout au long du processus. Au-delà des sulfites ou des levures, que de nombreux amateurs identifient, peu s’interrogent sur la provenance des agents de collage ou de clarification. Pourtant, pour qui cherche à consommer des produits en adéquation avec ses valeurs, connaître ces pratiques autrement invisibles change tout.
La fabrication du vin engage bien plus que la simple fermentation du jus de raisin. De nombreux vins subissent des étapes de « collage » ou de clarification pour affiner leur goût, stabiliser la couleur, éliminer les impuretés ou adoucir les tanins. Historiquement, les substances utilisées pour ces opérations sont issues du règne animal. Bien que les alternatives existent aujourd’hui, les produits animaux restent courants pour la production conventionnelle.
Origine et utilisation : Issue de peau, de cartilage et d’os de porc ou de bœuf, la gélatine animale est l’un des clarifiants les plus traditionnels. Elle s’emploie pour précipiter des composés responsables de l’astringence, rendant ainsi le vin plus rond. Chiffre clé : Selon l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin), en France, environ 30 % des vins tranquilles subissent un collage, dont la majorité avec de la gélatine ou des produits équivalents. Points d’attention : La gélatine n’est pas toujours totalement retirée à la fin du processus : des traces infimes mais détectables peuvent subsister dans le vin fini.
Origine et utilisation : L’Isinglass est obtenue à partir de la vessie natatoire de poissons, principalement l’esturgeon. Elle sert à clarifier subtilement les vins blancs et certains rosés. Détail technique : Elle est redoutablement efficace pour précipiter les particules fines sans affecter le goût des vins légers et fruités. Anectode : Encore aujourd’hui, certains crus de Bordeaux ou Champagne utilisent cette technique, bien qu’elle demeure coûteuse et donc réservée aux vins à forte valeur ajoutée (source : La Revue du Vin de France).
Origine et histoire : D’avant les années 1990, on utilisait parfois littéralement du sang de bœuf séché comme agent de collage, pour sa richesse en albumine. Cette pratique est interdite en Europe depuis la crise de l’ESB (vache folle) en 1997 (source : Commission Européenne).
Sans ces interventions, beaucoup de vins élaborés « à l’ancienne » seraient plus rustiques — un point parfois revendiqué par les amateurs de vins naturels ou non collés.
En France comme en Europe, un producteur n’est pas obligé de mentionner sur son étiquette l’emploi d’agents animaux, sauf si des traces allergènes subsistent (exemple : lait ou œuf en doses supérieures à 0,25 mg/l — source : gouvernement français). Résultat : près de 90 % des consommateurs ignoraient jusqu’en 2018 que le vin pouvait contenir des résidus de produits d’origine animale (selon un sondage Ifop pour la PETA).
Depuis 2012, cependant, toute utilisation conduisant à des « traces potentiellement allergènes » doit faire l’objet d’une mention sur l’étiquette (« Contient des protéines d’œuf/milk »). Mais les autres intrants comme la colle de poisson ou la gélatine de porc ne sont pas soumis à cet affichage, car considérés comme peu ou pas allergènes. Cette opacité entretient la confusion sur la composition réelle des vins.
On entend souvent dire que seuls les œnophiles avertis pourraient détecter l’usage de ces produits animaux. Mais la réalité est que, bien utilisés, les intrants animaux laissent rarement une « signature » perceptible à la dégustation. Un Bordeaux collé au blanc d’œuf n’a aucun goût d’œuf, et le vin clarifié à la gélatine n’évoque en rien un bouillon… Cependant, leur emploi conditionne fortement le profil sensoriel des vins classiques, en offrant plus de limpidité, de brillance, parfois au détriment d’une certaine complexité ou d’une texture naturellement plus brute (cf. études de l’Institut National de la Recherche Agronomique).
Depuis le début des années 2000, on assiste à une montée continue des alternatives végétales et minérales : protéines de pois, bentonite (argile), charbon actif, silices colloïdales… Ces agents remplissent désormais les mêmes fonctions sans usage d’animaux. À noter : en 2022, près de 22 % des domaines français interrogés par l’Institut Français de la Vigne et du Vin déclaraient n’utiliser que des intrants non-animaux, un chiffre en progression constante.
Les labels « vegan » se multiplient depuis 2017, notamment en Espagne, Italie, France et Allemagne, portés par une demande de transparence accrue des consommateurs européens.
Les usages évoluent : la recherche d’authenticité, le respect du vivant et la question du bien-être animal laissent leur empreinte jusque dans l’univers très codifié du vin. En 2023, Nielsen observait une augmentation de 18 % des ventes de vins estampillés « vegan » sur le marché européen, signe d’un intérêt accru pour la nature de ce que l’on consomme. Si la tradition pèse lourd, le mouvement est en marche et incite désormais consommateurs et vignerons à repenser les gestes du chai, pour que la dégustation demeure un plaisir sincère et aligné avec les convictions de chacun.