Champagne et effervescents vegan : collage, dosage et liqueur d’expédition
Un vin vegan ne contient pas nécessairement un ingrédient d’origine animale, mais cette définition ne suffit pas à décrire toutes les étapes de son élaboration. Dans...
18/09/2025
La pureté du vin ne relève pas seulement du terroir ou du cépage. Dans un chai, le moindre écart dans les protocoles d’hygiène peut conduire à des contaminations croisées aux conséquences parfois désastreuses. Ces contaminations, invisibles à l’œil nu, menacent aussi bien l’intégrité vegan que l’authenticité aromatique d’un vin.
Bien qu’on en parle davantage dans l’alimentaire, la problématique concerne aussi le chai : traces d’allergènes, résidus animaux, levures indésirables, bactéries, tous peuvent se transmettre d’une cuve à l’autre, d’un millésime à l’autre, voire d’un outil à un vin. Les enjeux vont au-delà du goût : ils concernent la santé, le respect des convictions (pour la clientèle vegan notamment), et la réputation du domaine.
Identifier les risques permet de mettre en place des pratiques efficaces. Voilà où se cachent les principales menaces :
Dans les chais en conversion vegan ou multi-produits (vins conventionnels, bio, vegan, sans sulfites, etc.), ces risques de transfert augmentent. Un chiffre marquant : selon un audit ACERTA de 2021, environ 23% des chais mixtes en France déclaraient un antécédent de contamination croisée d’allergènes sur les cinq dernières années.
Le nettoyage n’est pas qu’une obligation réglementaire : il est le rempart numéro 1 pour éviter que des résidus passent d’un contenant à un autre. Un simple rinçage n’est jamais suffisant : selon l’OIV (Office International de la Vigne et du Vin), 80% des contaminations croisées sont liées à un défaut ou à une mauvaise séquence de lavage.
L’importance du calendrier : programmer les mises en bouteilles de produits vegan ou sans allergènes en début de session, avec un matériel nettoyé en profondeur, limite considérablement les risques (par exemple, l'AIV (Association des Œnologues d’Italie) préconise ce découpage horaire depuis 2016).
Dans les chais qui produisent différents types de vins (avec ou sans produits animaux, classiques ou vegan), le matériel dédié devient la règle. Ce choix, longtemps considéré comme un luxe inaccessible, s’est popularisé grâce aux exigences croissantes des consommateurs.
Il n’est pas rare de voir, sur les chais de domaines pionniers comme Emiliana Vineyards (Chili) ou Les Vignerons de Carpentras (France), des zones rigoureusement séparées pour chaque catégorie de vin, afin de garantir la non-contamination même en cas de forte activité.
On a tendance à l’oublier : l’air du chai peut transporter des levures, des spores ou des allergènes (poussières de collage), surtout durant la clarification, soutirage ou lors du brassage. D’où l’intérêt d’une maîtrise de la micro-aération :
Un fait peu connu : une étude de la Wine Science Research Unit de l’université d’Adélaïde (2022) a montré que dans les chais de 100 à 200 m², le renouvellement d’air toutes les deux heures permettait de réduire de plus des trois-quarts les risques de propagation des Brettanomyces par l’aérosolisation comparé à une ventilation statique.
Aucune procédure ou équipement ne remplacera le savoir-faire et la vigilance des équipes. C’est pourquoi les domaines consciencieux forment le personnel à :
La motivation des équipes est d’autant plus forte lorsqu’elles comprennent l’enjeu, notamment sur des séries haut de gamme ou à destination de marchés vegan/export. Du côté réglementaire, l’IFS Food a rendu la formation annuelle obligatoire sur ce sujet dans ses certifications depuis 2018.
Si le nettoyage et la traçabilité sont la base, le contrôle analytique en est la confirmation. Voici les solutions les plus courantes :
Il est recommandé de réaliser un audit externe au moins tous les deux ans sur les risques de contaminations croisées, comme le veulent les standards V-Label ou EVE Vegan.
Même dans les domaines les plus vertueux, l’erreur n’est jamais exclue. Voici quelques situations vécues dans plusieurs régions viticoles françaises, italiennes et espagnoles :
La vigilance doit donc porter de la réception des matières premières jusqu’à la livraison, sans relâche.
L’adoption de pratiques anti-contamination croisée n’est plus réservée à quelques militants ou grands groupes industriels. Elle gagne l’ensemble de la filière, poussée par des consommateurs attentifs, par les normes éthiques et la montée des labels.
Au final, instaurer une telle démarche n’est ni un luxe ni une lubie : c’est une forme de respect, pour la pureté du produit, pour la santé de chacun, pour la planète et pour la parole donnée au consommateur. La filière viticole vit, elle aussi, sa petite révolution sur ce terrain : un vin propre, vraiment propre, c’est l’affaire de toutes et tous.
Sources : INAO, OIV, IFV, ACERTA, Wine Science Research Unit (Adélaïde), IFS Food, ISO 14644, Randox Laboratories, V-Label, EVE Vegan, Association des Œnologues d’Italie.